Maspalomas – un film de Aitor Arregi et José Mari Goenaga

Sous le soleil brûlant de Maspalomas, aux îles Canaries, Vicente savoure depuis vingt-cinq ans une retraite insouciante. Mais un accident l’arrache à son paradis. Rapatrié à Donostia, il est placé par sa fille dans une maison de repos où le temps semble figé et où ressurgissent les fantômes du passé. A nouveau contraint de masquer son identité, une seule idée l’obsède : s’évader… et retrouver la liberté de Maspalomas.

Homosexualité, Vieillesse et Sexualité (homosexuelle) dans le vieil âge : fil rouge de cette comédie douce-amère que je vous recommande aussi chaudement que le soleil généreux baigne cette station balnéaire de l’île de Grande Canarie.

À Maspalomas, des corps gays de tous horizons, de tous âges, de toutes morphologies se mêlent, nus ou dans leur slip de bain, s’enlacent à deux ou à plusieurs, dans les hauteurs des dunes, dans les bars et les discothèques… Je jouissais, moi aussi, de cette liberté des corps en sueurs, consentants, se donnant à l’écran…

…quand la voix de la directrice de la maison de repos a demandé : « Que voulez-vous me dire sur vous, Vicente ? » (silence) « Quels médicaments prenez-vous ? »

D’un corps-sujet de désir à un corps-objet de soin.

« Ma chérie ». Cette formulation, apparemment anodine, a retenu mon attention car elle dit cette tension entre la sexualité homosexuelle et la vieillesse. « Ma chérie », prononcée par l’aide-soignant de Vicente, sur un ton enjoué, celui d’une « grand folle », qui rappelle à sa condition celui qui s’applique tant à la dissimuler. « Ma chérie » pour nommer, certes affectueusement, la personne âgée qui vit dans l’institution mais en lui ôtant toute personnalité propre.

La maison de repos, ici, n’est ni un lieu enchanté ni un mouroir. Il est un lieu de vie aux multiples vécus et en transformation. Parmi les aménagements proposés par la nouvelle directrice, il y a le « plan d’attention et de vie » pour chaque résident·e ou encore cette chambre pour accueillir les personnes qui ont envie d’exprimer leur sensualité et sexualité !

Pour le protagoniste, il est un lieu de convalescence. Vieillir est un processus. Le reconnaître et, au mieux, l’accepter, prend du temps et de l’énergie. Ça fait le même ramdam que la musique forte et dissonante du film, à ce moment-là. On peut y parvenir, à force d’habituation pour l’un ou de volonté et de discipline pour l’autre – ce colocataire de chambre aux idées rétrogrades ; une preuve que la vieillesse est hétérogène et que l’on ne vieillit pas tous·tes de la même façon.

Apprendre à trouver sa place parmi les autres et, surtout, avec soi-même : le défi existentiel de ce septuagénaire qui, toute sa vie, a adopté la stratégie de « se rendre invisible » comme tant d’autres de sa génération et de sa communauté. Vicente a été cet homme marié à une femme, père d’une enfant (qui aura intégré la honte et la peur de son père dans tous les actes de sa vie), qui, un jour, a tout laissé tomber car il a aimé quelqu’un d’autre…qui s’appelait Esteban. Jamais le mot « homosexuel » n’est sorti de sa bouche. Même Maspalomas n’est, en somme, qu’un « placard géant » pour vivre caché et sentir grandir, la vieillesse s’installant, le sentiment de solitude et la précarité.

Pour aller plus loin sur la thématique « Vieilles et vieux LGBT+ : sortir de l’invisibilité », vous pouvez écouter l’épisode du podcast Même pas mort !

Il y a cette croyance (fausse) que l’identité de genre et l’orientation sexuelle disparaissent en vieillissant. Celle-ci est incarnée avec brio par le protagoniste jusqu’à ce que l’espoir de vivre, encore, libre, soit le plus fort.

Baiser ou ne pas baiser telle est votre liberté ! Et surtout je vous souhaite un bel été !

Elodie – qui écrit ici d’un point du vue situé « femme, blanche, hétérosexuelle »

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