Existe-t-il vraiment une guerre entre les générations ? – émission radio

Parce que notre asbl Liages dit bien « le lien entre les âges », parce que le titre de l’émission m’évoquait aussi celui du livre « La guerre des générations aura-t-elle lieu ? » de Serge Guérin et Pierre-Henri Tavoillot, j’ai prêté une oreille attentive à l’invité du soir, l’économiste français, Hippolyte d’Albis.  

Cet article est d’abord une invitation à écouter ce défenseur du vivre ensemble via la coopération entre les générations, complétée par d’autres ressources pour nourrir la réflexion. 

« Régulièrement, la génération de ceux qu’on appelle les “baby-boomers”, nés après la Seconde Guerre mondiale, est accusée d’avoir gracieusement profité de la croissance des Trente glorieuses et de laisser une dette publique et climatique sur les épaules de la jeunesse.  

Les générations plus âgées sont-elles vraiment privilégiées ? Que nous dit l’économie générationnelle de la solidarité effective entre les générations et comment permet-elle de les réconcilier ? » 

Générations X, Y, Z… quésaco ? Hippolyte d’Albis définit une génération comme un « ensemble de personnes qui ont vécu la même chose” : on va pouvoir parler de la génération Covid, de la génération de la guerre de 1914… (…) Il s’agit de moments vécus traversés ensemble plutôt que des bases temporelles. » 

Dans son enquête sociologique, À la recherche de liens entre les générations, Jean-Jacques Amyot développe, lui aussi, les concepts de « génération », d’« intergénération » et les enjeux liés à la diversité des âges dans cette aspiration et nécessité au vivre ensemble.  

« Chaque génération va avoir des défis et des représentations qui sont propres à son époque et qu’elle va porter.Selon moi,les générations ne vont pas mieux les porter en s’opposant. »  

L’idée présentée par Hippolyte d’Albis est celle de la circularité entre les âges de la vie selon laquelle, on passe notre temps à opérer des transferts entre générations. Ceci m’évoque la notion d’arc de vie, proposée par le démographe Michel Loriaux, qui donne une vision intégrée du cycle de vie. Elle met en évidence un continuum d’existence, de la naissance à la mort, dans lequel tous les âges se rattachent et s’interpellent, c’est-à-dire que chaque âge n’a de sens que par rapport à celui qui le précède ou qui le suit. (Entr’âges, 2022) 

Abordons la question de la dette publique et climatique en ayant en tête les concepts précités. Dans le premier cas, l’économiste affirme que, non, la dette à payer, ne pèse et ne pèsera pas uniquement sur les plus jeunes générations : « On est comptable immédiatement des décisions que l’on prend. »  

De la même manière, s’il y a « urgence » climatique, elle n’est pas réservée aux générations futures, elle est déjà là, présente pour toutes les générations qui cohabitent sur la planète Terre. Par ailleurs, les personnes âgées sont plus vulnérables aux maladies et aux catastrophes naturelles. Sans nier leur responsabilité, de nombreux seniors se préoccupent d’écologie. C’est le cas de celles et ceux qui ont rejoint le mouvement Grands-Parents pour le Climat qui contribuent à léguer aux générations futures un monde habitable, solidaire, dont les richesses naturelles seront préservées. 

Mettre en lumière les circularités qui existent entre les différents âges de la vie, c’est parler d’« économie générationnelle ». « Les flux financiers entre les âges, entre ceux qui produisent et puis ceux qui ne produisent pas au début et à la fin de vie, sont importants. » L’état, via les systèmes de soins, de sécurité sociale et de retraite, organise les transferts entre les personnes d’âge intermédiaire vers les plus âgées. Ces dernières réalisent, elles-mêmes, des transferts envers les plus jeunes, notamment dans la sphère familiale – que ce soit en argent, en biens de consommation ou en temps. Enfin, le troisième transfert est celui de l’épargne, considéré comme un transfert entre les générations. La société est ainsi constituée de trois institutions : l’État ou la puissance publique, la famille et le marché. Trois piliers que l’économiste nomme Les Trois Mousquetaires car les penser seuls est une erreur.  

Et de conclure : « c’est en ressoudant nos liens entre générations qu’on crée quelque chose de beau ». 

Elodie 

Pour écouter l’émission : Existe-t-il vraiment une guerre entre les générations ? | France Culture 

Pour aller plus loin : Hippolyte d’Albis, Économie des âges de la vie. En finir avec la guerre des générations, Odile Jacob, 2026. 

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