Le « ménage de la mort » : le döstädning suédois

Dö signifie « la mort », et städning « le ménage ». Il s’agit d’une pratique de désencombrement préventif, qui existait déjà dans la culture suédoise, mais qui a été popularisée par Margareta Magnusson dans son livre « La vie en ordre : l’art de ranger sa vie pour alléger celle des autres ». Cette femme, qui se décrit comme ayant « entre 80 et 100 ans », a écrit ce bouquin pour raconter sa propre expérience.
Combien d’histoires connaît-on de familles divisées après un décès pour un bijou, un meuble ou un objet en apparence anodin ? Ces situations existent, mais elles ne résument pas à elles seules tous les enjeux. Lorsqu’un logement doit, par exemple, être vidé rapidement, les proches se retrouvent souvent démuni∙e∙s face à l’ampleur de la tâche, sans savoir ce qu’il faut garder, donner ou jeter.
« On nous a toujours appris qu’il fallait « nettoyer après son passage », et voici que l’expression prend soudain un tout autres sens, puisqu’il s’agit désormais de nettoyer avant le grand passage. »[1]
Le « ménage de la mort » consiste donc à trier, à alléger et à organiser sa vie matérielle lorsque l’on arrive aux dernières années de son existence. Il permet d’éviter à ses proches d’avoir à le faire, de laisser des repères et d’éviter des incompréhensions.
Quelques pistes pour avancer, selon Margareta Magnuson :
Y aller pas à pas
Envisager ce grand tri comme une activité du quotidien aide à avancer plus sereinement. On peut, par exemple, y consacrer quelques heures le matin, puis reprendre ses activités habituelles l’après-midi : sortir, marcher, voir du monde. Le lendemain, on reprend là où l’on s’était arrêté, sans se presser ou s’épuiser.
Il peut être utile de se fixer un rythme régulier, par exemple, en consacrant une semaine à chaque pièce. Certaines se rangent plus rapidement, tandis que d’autres demandent plus de temps. Ce découpage offre aussi un temps pour s’habituer progressivement à l’idée de trier et de se séparer de certains objets.
Renouer avec ses souvenirs
Ce tri peut devenir une occasion de revisiter son parcours, de comprendre pourquoi certains objets ou images ont compté. Prendre le temps de les toucher une dernière fois et d’évoquer ce qu’ils représentent donne souvent un guide pour décider de leur devenir. Certains réveilleront encore des émotions tandis que d’autres n’éveilleront plus (ou presque plus) rien et se laisseront partir avec moins de regret.
Partager et organiser progressivement
On peut toujours faire appel aux proches pour qu’iels prennent quelques vêtements, livres ou meubles, mais une fois cela fait, il reste souvent beaucoup à trier et à décider. On peut alors proposer à des amis ou voisins de récupérer ce dont on souhaite se défaire.
Ensuite, il est possible d’établir calmement une liste : telle lampe pour telle personne, telle table pour une autre, et le reste par exemple, à donner à des associations.
Chercher un regard extérieur
Tôt ou tard, on se retrouve face aux mêmes choix : conserver, donner, vendre ou jeter. Dans ces moments-là, demander l’avis d’une personne de confiance, extérieure à la famille et sans attachement affectif aux objets, permet de prendre du recul.
Son regard neutre apporte souvent un autre éclairage. Elle peut suggérer des pistes ou des solutions inattendues et aider à lever certaines hésitations.
Quand les émotions remontent
Relire de vieilles lettres ou feuilleter des albums photos fait souvent remonter des émotions. Cela peut apaiser ou encore donner de la joie, mais aussi raviver une certaine mélancolie.
Avant donc de décider de leur sort, une question simple peut servir de repère : qui serait réellement heureux∙euse de les avoir plus tard ? Si la réponse est « personne », s’en séparer devient alors plus évident.
Garder le tri des photos pour la fin
Le tri des photos gagne donc à être gardé pour la fin. Une fois les autres décisions prises, on se sent souvent plus disponible pour s’y plonger.
Plutôt que de trier seul∙e toute une vie d’images, il peut être plus agréable d’impliquer ses proches. Les inviter à participer transforme l’exercice en moment de partage et permet de découvrir à quel point certains souvenirs communs comptent (ou pas) pour eux.
Tous les souvenirs ne se valent pas
Les photos suivent la même logique que les objets : ce qui paraît précieux pour l’un∙e ne l’est pas forcément pour les autres, et inversement. Certain∙e∙s y tiennent, d’autres y voient peut d’intérêt.
Comme pour les photos, le tri peut se faire seul∙e, ou avec l’aide de l’entourage, selon les disponibilités. Mettre ses proches à contribution permet non seulement d’alléger la tâche, mais de rendre le processus plus convivial.
La boîte à jeter
Pour les objets très personnels (lettres d’amour, carnets, souvenirs…), il est possible de les rassembler dans une boîte clairement indiquée « à jeter ». Il faut toutefois garder en tête qu’après un décès, même avec des indications précises, il existe toujours un risque que cette boîte soit ouverte et regardée.
Si certains objets tiennent vraiment à cœur et que l’on ne souhaite pas qu’ils soient vus, mieux vaut s’en défaire soi-même avant.
Quand les proches doivent lancer la discussion
Parfois, c’est aux proches d’initier la conversation. Même si l’on craint de froisser la personne âgée, un moment calme (repas ou visite) suffit pour aborder le sujet. Des questions simples peuvent ouvrir la discussion : « Avez-vous réfléchi à ce que vous aimeriez faire de vos objets plus tard ? Pourrions-nous avancer petit à petit pour éviter d’avoir trop à gérer ensuite ? »
Ces questions touchent à l’intimité, au cadre de vie et, parfois à la fin de vie. Le tact est donc essentiel. Il arrive que la discussion soit esquivée au premier abord. Dans ce cas, mieux vaut laisser mûrir la chose et y revenir quelques semaines ou mois plus tard, sous un autre angle.
Pour conclure en toute sérénité
Tant que vous en avez la possibilité, ne laissez pas à votre entourage le soin de décider à votre place ce qu’il y a lieu de faire de vos affaires. Mettre un peu d’ordre, clarifier certaines intentions, dire ce que vous aimeriez garder, transmettre ou jeter permet à vos proches de savoir vers quoi s’orienter le moment venu.
Cette démarche peut également leur éviter des surprises ou des conflits à l’heure de votre ultime voyage. En donnant quelques repères, vous donnez ainsi la possibilité à votre entourage de prendre des décisions avec plus de sérénité.
Pour aller plus loin :
MAGNUSSON Margareta. La vie en ordre : l’art de ranger sa vie pour alléger celle des autres. Editions Flammarion, 2018. Titre original : The Gentle Art of Swedish Death Cleaning
MILLER BJ & BERGER Shoshana. A Beginner’s Guide to the End: practical advice for living life and facing death. Simon & Schuster Edition, 2019. Chapitres 1 (Don’t Leave a Mess) & 2 (Leave a Mark)
MAGNUSSON Margareta, Margareta Magnusson parle du nettoyage après la mort, You Tube, 30 octobre 2017, https://www.youtube.com/watch?v=fXj3iy1Sgc4
Liages/Mara Barreto/090226
[1] MAGNUSSON Margareta. La vie en ordre : l’art de ranger sa vie pour alléger celle des autres. Editions Flammarion, 2018, p.19.







