« Faim de vivre » d’Hilaire BODIN et Véronique CAYADO« Faim de vivre »

Un livre, quatre mains, deux sens de lecture : voici le concept pour le moins original de cette collection. Cet ouvrage est présenté sous la forme d’une interview croisée. D’un côté, c’est Véronique Cayado, docteure en psychologie spécialisée dans les questions du vieillissement au Lab Autonomia, qui répond aux questions d’Hilaire Bodin, octogénaire engagé, et de l’autre, c’est au tour d’Hilaire Bodin de répondre aux questions de Véronique Cayado. 

Un livre, deux histoires. Des personnalités, des parcours de vie, des expériences différentes, et pourtant qui se réunissent aisément autour de cette même idée : transformer la « fin de vie » en une « faim de vie ». Ce titre est particulièrement bien choisi puisqu’il s’agit là d’apporter un autre regard – un double regard qui plus est, celui d’une chercheuse et celui d’un octogénaire – sur la vieillesse. 

Hilaire Bodin utilise cette formule poétique et porteuse de sens quand il parle de la retraite comme d’un moment où il a choisi non pas de se mettre « en retrait », comme la société l’insinue et l’encourage généralement, mais au contraire de « re-traiter sa vie » en s’engageant activement dans la construction de cette nouvelle étape de son existence. Ses engagements multiples dans le bénévolat, mais aussi plus généralement cette volonté de prendre sa place et de rester fier, quel que soit le regard que lui renvoie la société sur son âge, cette curiosité envers les autres et envers le monde, le soucis de transmettre, l’importance des crises de la vie et la quête de sens, cet élan qui le pousse à se lever le matin, c’est tout cela qui lui donne aujourd’hui cette faim de vivre.

Véronique Cayado, quant à elle, rejette le discours essentiellement médical tenu par les « expert·e·s » sur le vieillissement qui prédomine aujourd’hui. A la place, elle nous partage son expérience qui l’a amenée à se mettre à l’écoute des plus âgé·e·s. Aussi, elle défend une approche sociale du vieillissement, qui permet de prendre en compte l’influence de l’environnement sur les individus. Non, les personnes âgées ne sont pas les seules responsables de ce qui leur arrive. Elle évoque par exemple le refus d’aide exprimé par certaines personnes âgées. Plutôt que de le voir comme un problème individuel, résultant d’un déni ou d’une pathologie, elle nous invite à prendre du recul et pouvoir entendre ce que la personne a à nous dire, comme une volonté d’exister et d’être là, d’affirmer sa « faim de vie » dans un environnement où on a encore trop tendance à enfermer les personnes âgées dans un carcan et à « faire à leur place », au prétexte de les protéger. Ce regard social négatif porté sur les personnes âgées, à la base de l’âgisme, ainsi que les mécanismes qui renforcent les inégalités en vieillissant, ne peuvent être niés.   

Finalement, l’approche profondément humaniste de ce livre nous invite à l’introspection, et à réfléchir dès aujourd’hui à ce qui nous donne cette « faim de vivre », une question qu’il est finalement bon de se poser à tout âge !

Pourquoi lire ce livre quand on lutte contre l’âgisme ? 

Ce livre permet d’aborder l’âgisme à travers des réflexions personnelles très actuelles et ancrées dans le réel. L’expérience de l’âgisme est ici situé dans le parcours de vie des deux protagonistes, et le dialogue entre eux permet d’appréhender le sujet dans sa complexité, ses paradoxes, et nous pousse à prendre du recul sur notre parcours de vie et notre propre vision du vieillissement. 

Thérèse Devillers

Pour vous procurer ce livre : 

Bodin, H. & Cayado, V. (2025), Faim de vivre, Editions du Palio. 

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